Le programme ALOSA suit les aloses de la Loire moyenne

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Mise à jour le 2 janvier 2018

Le programme ALOSA s’inscrit dans la collecte et la mise en place d’un réseau pérenne de suivi des adultes d’aloses en montaison ainsi que sur le suivi de la dévalaison des juvéniles (aloson). Ce programme, issu d’un partenariat Université de Tours (CITERES IPAPE) – association des pêcheurs professionnels (AAPPBLB) a été mis en place en 1984 et a été financé dès l’origine du plan Loire grandeur nature.

Article publié dans Paroles de Migrateurs N°15 d’après le travail de Catherine Boisneau (université de Tours) et de l’AAPPBLB (Association Agréée des Pêcheurs Professionnels du Bassin de la Loire et des cours d’eau Bretons)

Filet-barrage sur la Loire (Source : AAPPBLB)

Un indice d’abondance des adultes d’aloses grâce aux suivis des filets-barrages en Loire moyenne

Le suivi des aloses en montaison, a été principalement réalisé via plusieurs pêcheries au filet-barrage de 1984 à 2015. A partir de 2005, 3 pêcheries au filet maillant sont venues compléter les données d’un point de vue qualitatif mais ces données n’entrent pas dans le calcul de l’indice d’abondance. Le filet-barrage est un système fixe, passif qui, lorsqu’il est utilisé en continu, permet de suivre les déplacements des poissons en montaison. Cette technique présente également l’avantage de ne pas sélectionner les poissons en fonction de leur taille, s’ils mesurent au moins 20 cm (cas des aloses adultes).

Afin de collecter des données sur l’abondance des aloses, chaque pêcheur note au quotidien la présence ou l’absence d’actions de pêche, leur durée ainsi que le nombre de poissons capturés. Le nombre de captures peut ainsi être rapporté à une unité commune d’effort de pêche, appelée la capture par unité d’effort (CPUE) exprimée ici en nombre d’aloses capturées par heure de travail effectif. Ces données sont associées à la composition en classes d’âge des géniteurs migrant pour reconstituer les cohortes (ensemble de poissons nés la même année) (fig.1). L’évolution de l’abondance des aloses est analysée sur cette base et non sur celle des géniteurs migrant. Ceci permet d’établir des liens avec les paramètres tels que le débit et la température.

fig. 1 Indice d’abonde des aloses pêchées au filet-barrage en Loire et remis en cohorte (année de naissance). Les données sont log-transformées (ln(CPUE+1)). Les années 2014 et 2015 sont encore incomplètes, les aloses remontant la Loire étant en moyenne âgées de 4-5 ans. (Source : Université de Tours – AAPPBLB)

Des résultats très contrastés selon les années

En moyenne, un peu moins d’une alose est capturée pour une heure de pêche au filet-barrage sur l’ensemble de la série. Mais les résultats sont très contrastés selon les années, avec un maximum moyen en 2007 où en moyenne 6 aloses étaient capturées par heure de pêche et un minimum moyen en 1994 avec 0,05 aloses capturées par heure de pêche seulement.

De façon générale, les aloses sont capturées entre la deuxième quinzaine de mars et la première quinzaine de juin. Ces dates correspondent également dans la majorité des cas, aux dates de début et de fin des suivis. L’année 2014 se distingue par un démarrage des suivis et une date de première capture la plus précoce de la série de données (fig.2). Les dates de début et de fin des suivis, ainsi que les jours de pêche sont très dépendants de l’hydrologie et de la dérive des végétaux qui peuvent venir colmater les installations de pêche et les rendre inopérantes.

fig. 2 : Calendrier des suivis et des captures d’aloses. Rectangle vert : date de capture de la première et de la dernière alose pour chaque année de suivi. Moustache noire : date de début et de fin des suivis aux filets-barrages. (Source : d’après données Université de Tours – AAPPBLB)

Une large majorité de grande alose

Les aloses capturées dans le cadre de cette étude font l’objet d’un certain nombre de mesures (détermination de l’âge, du sexe, de l’espèce et biométrie) permettant d’accroitre nos connaissances sur les aloses de la Loire moyenne. Il ressort de ce suivi que 97% des aloses capturées depuis 1984 sont des grandes aloses, le reste étant composé d’alose feinte et dans une moindre part d’alose hybride.

Sur l’ensemble de la série, le rapport mâle:femelle pour les grandes aloses est de 0,98 (soit légèrement moins d’un mâle pour une femelle). La détermination de l’âge (lecture d’écaille) permet d’indiquer que plus de 85% des aloses capturées en Loire moyenne ont entre 4 et 5 ans avec un minimum à 3 ans et un maximum à 7 ans. Il est intéressant d’observer que de façon générale, les mâles sont plus jeunes que les femelles avec un retour médian en Loire moyenne à 4 ans contre 5 pour les femelles.

fig. 3 ge des aloses capturées aux filets-barrages en Loire moyenne, en fonction du sexe. vert clair : mâle, vert foncé : femelle. (Source : d’après les données Université de Tours – AAPPBLB)

  • 97% des aloses adultes capturées en Loire moyenne sont des grandes aloses.
  • 0,98 mâle : Le rapport mâle / femelle est équilibré avec 0.98 mâle pour 1 femelle.
  • 85 % des aloses capturées ont entre 4 et 5 ans.

L’ADN environnemental pour attester de la présence des alosons

Tous les organismes vivants, laissent dans les milieux qu’ils fréquentent des traces d’ADN qui témoignent de leur présence actuelle ou passée (mucus, fécès, décomposition d’organismes morts). L’ADNe est défini comme l’ADN pouvant être extrait à partir d’échantillon environnementaux (tel que l’eau), sans avoir besoin d’isoler au préalable des organismes cibles (www.spygen.com). En milieu aquatique, l’ADNe est dilué et distribué dans le milieu par le courant. La durée de vie est de 2 à 9 jours selon les conditions environnementales telles que le pH, la température, etc. (Dejean et al., 2011).

Des prélèvements d’eau ont été réalisés en 2015 dans la Loire sur deux stations (Amboise et Tavers) selon le protocole du laboratoire SPYGEN. Après analyse du laboratoire, une liste d’espèces est fournie attestant de la présence des espèces sur chaque station.

Selon la date d’échantillonnage entre 30 et 33 espèces ont pu être identifiées à Amboise, dont une majorité (81%) de poissons holobiotiques. Parmis les amphihalins, le mulet domine très largement. En 2015, l’ADNe a permis de mettre en évidence la présence d’alosons sur l’ensemble de la période s’étendant de juillet à septembre. En 2016, cette présence a été attestée seulement au mois de juillet.